27 janvier 2009
Prononciation des noms savoyards
Un petit article d'Henri Denarié sur le sujet, publié dans la Voix des Allobroges (n°13), à titre posthume.
Berlioz ne rime pas avec myxomatose
La Savoie a une histoire, mais elle a aussi une orthographe
particulière. Pour éviter les fautes de prononciation, Henri rappelle
les bases de la graphie savoisienne dans une ultime chronique.
En Savoie, de nombreux noms de lieux ou de famille se terminent en
oz, az, ex ou uz. Mais ces graphies typiques provoquent de multiples
erreurs de prononciation. Il n’est pas rare d’entendre prononcer le z
final avec un accent tonique sur la dernière syllabe. Ainsi, Berlioz
sera prononcé Berliose, comme myxomatose. Et certains porteurs de noms
en oz ou en az vous affirmeront, sans rire, qu’ils sont d’origine
espagnole. L’origine de l’orthographe savoisienne est pourtant bien
connue des philologues, mais il est navrant de constater à quel point
le public l’ignore. C’en est à croire que la graphie de Savoie sent le
fagot, a quelque chose de suspect, de saugrenu. Notre orthographe fait
cependant partie de notre patrimoine. Elle mérite donc notre respect et
celui des gens qui admettent le droit à la différence.
Si son utilisation fut généralisée par Pierre II, dit le Petit
Charlemagne, qui régna sur la Savoie de 1262 à 1268, cette orthographe
n’est pas née de la fantaisie d’un comte, mais du souci qu’avaient les
scribes de distinguer la prononciation du patois de celle du latin. Dès
le IXè siècle, des clercs eurent l’idée d’utiliser des consonnes «
inutiles » de l’alphabet latin (x et z) pour signaler une prononciation
indigène différente de la prononciation latine. Ce procédé d’adjonction
de consonnes pour modifier le son latin est d’ailleurs utilisé dans
presque toutes les langues romanes. Mais nos clercs l’ont fait à leur
manière. Nos terminaisons en z ou en x sont donc purement
conventionnelles. Et pas plus bizarre que le z de chez ou le x de
chevaux en français.
Rappelons quelques règles simples. Le x final ne se prononce pas.
Ainsi, Fernex se prononce Ferney. Le z final ne se prononce pas non
plus et indique que la voyelle terminale, atone, se prononce presque
comme un e muet, mais en marquant légèrement le son a, o ou u. Mermoz
se prononce donc Merme, en marquant très légèrement le o. Lorsque le z
final suit un groupe de voyelles tel io ou ia (Marlioz, Verniaz…), ce
groupe de voyelles doit être presque atone et mouillé, comme en
français le n précédé d’un g est mouillé dans le mot Bretagne.
Orthographié façon Savoie, il s’écrirait Bretaniaz. Ce système permet
de mouiller toutes les consonnes, ce que ne permet pas le français. Un
dernier exemple avec Jorioz, qui se prononce Jo-R-Ye avec accentuation
sur le Jor. Et on voit là que notre graphie peut être intraduisible en
français car, si l’on remplace ioz par ie, cela donne Jorie (prononcer
Jory), ce qui n’est pas du tout la même chose.
Alors de grâce, que ceux qui ont la chance de porter des
patronymes bien de chez nous, tel Anthonioz, Neplaz ou Contoz,
rappellent à leurs interlocuteurs que cela se prononce Antogne, Nèple
ou Conte, et pas Entoniose, Naiplase ou Contose. Le respect de notre
Savoie passe par le respect de son orthographe.
Henri Denarié
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